Entre espèce vivante et architecture

Architecture & Mode — Pavillon Chanel 49

Après le Nouveau Musée – Centre Culturel de Vilnius (abordé dans notre numéro 72), l’architecte anglo-irakienne ZAHA HADID, fait de nouveau parler d’elle. Sa notoriété dans l’architecture contemporaine lui vaut d’être choisie par Karl Lagerfeld pour incarner le luxe et l’élégance de la prestigieuse marque de haute couture Chanel.

Son rôle est de concevoir un pavillon d’exposition entièrement démontable et transportable, destiné à parcourir le monde, regroupant les œuvres des plus grands artistes du moment, chacune inspirée du sac matelassé Chanel, accessoire emblématique de la marque. Tout support artistique étant bienvenu : installation, sculpture, photographie, vidéo et … architecture.

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Inspiré lui aussi du sac matelassé, le bâtiment fait partie de l’exposition qu’il abrite. Sa capacité à paraître à peine posé sur le sol, presque en légère lévitation, fait de l’édifice un objet autonome, réagissant tel une sculpture, une véritable œuvre d’art à part entière. Ce caractère autosuffisant est accentué par sa mobilité, sa capacité d’exister quel que soit son environnement d’accueil. Hongkong, Tokyo, New York, bientôt Moscou et Paris.

La forme du pavillon, pourtant si éloignée de nos habitudes visuelles architecturales, n’en est pas moins familière. La simplicité de ce volume compacte, aplati, aux lignes arrondies et aérodynamiques, évoquant un vaisseau spatial futuriste, est loin du cubisme du modernisme, mais, trouve ses repères dans l’univers organique. Son effet d’enroulement autour d’un noyau central l’apparente à une espèce vivante primitive, tel une cellule, un œuf ou un coquillage. Et Quoi de mieux qu’une forme organique pour illustrer l’architecture éphémère de ce pavillon voué à être démonté ?

Structurellement, l’édifice se compose d’une succession de segments arqués, dont leurs formes, à chaque fois différentes, sont calculées par voie numérique. La possibilité de les démonter en éléments n’excédant pas 2m 25 de large, facilite le transport de l’ensemble aux quatre coins du monde. En aucun cas l’architecte n’essaie de dissimuler cette structure, bien au contraire, celle-ci rythme aussi bien l’extérieur que l’intérieur du musée.

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Par son plan elliptique, l’édifice impose aux visiteurs un parcours unique, circulaire et centripète, qui «incite à percevoir l’art comme une expérience collective» ¹. Après l’achat des billets, celui-ci aborde le volume principal par une terrasse de 128 m². Puis, une fois rentré, se laisse guider par différents lieux d’exposition afin de rejoindre l’espace central : agora de 65 m² éclairée zénithalement, dans laquelle les visiteurs peuvent échanger réflexions et débats sur l’exposition.

L’architecte utilise les qualités attractives d’un volume hors du commun. Les formes douces et arrondies, ne peuvent provoquer chez le passant que curiosité et fascination. Une envie évidente de s’y introduire.

Au fur et à mesure de la découverte de ce nouvel objet, l’architecte prive le visiteur de ses repères habituels et fini par l’immerger dans un dépaysement total, un monde inattendu. En parvenant à réunir simultanément ces inventions issues de diverses disciplines artistiques, dans un contenant, œuvre d’art lui-même, Chanel expose son génie créateur, auteur de cette œuvre d’art totale²!

www.chanel-mobileart.com

¹ Citation de Zaha Hadid.

² Cf. Richard Wagner, L’or du Rhin, la Walkyrie, Bayreuth 1876 ; Matthew Barney, Cremaster, 1994 à 2002.

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